Voile à l’école en Azerbaïdjan : une laïcité autoritaire qui divise le pays et agace Ankara 

Que se passe-t-il en Azerbaïdjan ? Que dit le cercle conservateur pour que cela puisse faire débat, notamment en Turquie, la « mère patrie » de Bakou ?

Pour contextualiser, mesurons d’abord où se trouve l’Azerbaïdjan, par qui il est dirigé depuis des décennies et quelle place occupe la religion islamique dans ce pays où plus de 90 % de la population se dit de confession musulmane.

L’Azerbaïdjan est un pays que nombreux d’entre nous peuvent connaître comme étant d’abord le premier pays séculaire à population musulmane, avant même sa « sœur », la Turquie, et ce, dès 1910, lorsqu’il fut indépendant des Russes, avant de céder à nouveau à l’emprise soviétique, de sa création jusqu’à sa dissolution.

Il se situe dans le Caucase et a accès à la mer Caspienne. C’est là qu’il est connu ces dernières années par l’Europe comme un allié économique sur le plan de l’énergie, là où, depuis Bakou, l’entreprise présidentielle du pays gère le gaz et le pétrole. Un acte d’alliance avec l’Union européenne, depuis le boycott de la Russie par l’Occident.

D’autres encore peuvent connaître le pays pour son très lent conflit militaire autour d’un bout de territoire montagneux et rural, à cheval sur son voisin, l’Arménie. Cela s’est soldé par une victoire en 2020, avec l’aide de la Turquie d’Erdogan. Ce fut un territoire longtemps contesté et officiellement occupé par l’Arménie, qui trouvait cette légitimité dans sa population arménophile.

Pour revenir au contexte qui chamboule l’actualité du pays, comprenons d’abord qu’au-delà de l’ère soviétique, les instances politiques du pays ont toujours eu un rapport séculaire vis-à-vis de la gestion de l’État, souvent beaucoup plus sévère qu’aux temps des années 1980-1990 en Turquie. Cela ne revient tout de même pas à classer le gouvernement et la Constitution du pays comme étant hostiles aux religions, et encore moins à l’islam. Pratiquer sa croyance n’est pas interdit comme aux temps communistes.

Cependant, comme il a été dit, en matière d’application de la laïcité, le pays est, selon différentes études, classé comme « intolérant », et c’est là qu’on pourrait parler d’une « laïcité autoritaire ». La religion est, in fine, tolérée si elle est contrôlée par l’État, qui pourrait également l’utiliser à ses fins. Les imams sont nommés par le gouvernement, par exemple. C’est ce qu’affirme notamment Freedom House 2025, déclarant le pays « Not Free », avec une note globale de 7/100 ; et la question « liberté de pratiquer sa foi ou de ne pas croire » reçoit 0/4.

Ce n’est pas un geste nouveau dans la région turcique, où, en apparence, les gouvernements peuvent paraître « conservateurs » et où, dans les faits, ils rejettent un conservatisme religieux, reliant ainsi leur conservatisme au plan culturel. L’amalgame surgit souvent dans ces États qui, depuis très longtemps, rejettent un islam dit « rigoriste ».

Le Kazakhstan et le Turkménistan connaissent également certaines restrictions publiques.

Ce qui « fait déborder le vase », c’est la décision signée par le Premier ministre Ali Asadov, qui confie aux conseils pédagogiques le contrôle de la conformité vestimentaire et fait peser sur les parents la responsabilité du respect des règles. On aperçoit notamment, sur les réseaux sociaux, des vidéos montrant des écolières voilées refusées à l’entrée de leur école, qui alimentent davantage la polémique à ce sujet. Ce qu’on a tout de même retenu, c’est que cette décision ne relève pas officiellement des termes de restrictions du voile islamique.

Concernant les paroles du président azerbaïdjanais, Ilham Aliyev, au poste depuis 2003, il affirme qu’aucune « ingérence étrangère » ne devrait mettre la main sur cette affaire dite « nationale ».

Pour comprendre ainsi la lecture du gouvernement de l'Azerbaijain; 

Pour Bakou, il ne s’agit pas d’une interdiction de l’islam, mais de l’application d’une laïcité scolaire et de l’uniformité de l’uniforme. Ses soutiens avancent aussi un argument de protection : le voile serait parfois imposé à des mineures par la famille ou le milieu social.

Cela s’applique aussi en France, où l’on juge qu’une fille mineure n’a pas conscience de savoir ce qui est juste ou non, dignement parlant, et où avoir une tenue neutre, sans signe religieux dans les écoles, peut, selon certaines opinions, sembler juste.

Cette politique s’inscrit dans une tradition étatique azerbaïdjanaise de contrôle étroit du religieux, particulièrement méfiante envers les courants salafistes et les influences chiites iraniennes. L’État se présente comme laïque, mais intervient directement dans la régulation des organisations et des expressions religieuses.

L’organisation Özgür-Der a manifesté à Istanbul ; le journal conservateur Yeni Akit a comparé la mesure à la période du « 28 février » turc, référence traumatisante pour les cercles religieux, car associée aux pressions militaro-laïques contre le voile dans les années 1990.

Erdoğan n’a pas nommé Bakou directement, mais il a condamné à l’ONU les interdictions du voile comme des atteintes aux droits fondamentaux des femmes. Un message difficile à ignorer pour Bakou, allié stratégique d’Ankara.