Israël 2026 : Netanyahu, la stratégie de la peur et l’art de gagner des élections en temps de guerre

De Paris à Tel-Aviv, 19 août 2026 – Dans quelques semaines, les Israéliens se rendront aux urnes pour des élections législatives qui s’annoncent comme un référendum sur la gestion de la sécurité nationale. Face à lui, on a le Premier ministre sortant Benjamin Netanyahu, au pouvoir depuis 16 ans, déploie une stratégie électorale aussi cynique que calculée. C’est en effet un outil qui joue beaucoup sur la peur et la diabolisation de l’adversaire pour décrédibiliser l’opposition, et transformer chaque crise régionale en argument de campagne. Entre expansionnisme militaire, manipulation émotionnelle et provocation calculée des voisins, le "Bibi" de 2026 incarne désormais une forme de populisme sécuritaire qui menace autant la démocratie israélienne que la stabilité régionale.

L’expansionnisme comme fonds de commerce électoral : quand la guerre devient un argument politique

Depuis des années, Netanyahu a fait de la sécurité d’Israël un monopole politique.L’économie et le quotidien des habitants sont à bout de souffle, des véritables enjeux sont à discuter, mais hélas,le conflit qui persiste depuis le 7 octobre, pèse lourd pour cette campagne électorale. C’est pourquoi, en 2026, sa rhétorique prend une dimension nouvelle, celle de l’expansionnisme militaire qui n’est plus seulement une politique, mais une stratégie électorale. Pour certains complotistes de la région, cela ira jusqu’à vouloir étendre une envie d’un “Grand Israël”. Hier encore, l’attaque récente contre une base syrienne près d’Alep, à proximité de la frontière turque, demeure l’illustration parfaite.

Selon les déclarations officielles israéliennes, cette frappe visait à "empêcher une violation du statu quo". En l’occurrence, le déploiement de troupes turques en Syrie, que Tel-Aviv présente comme une menace existentielle. Pourtant, comme le souligne Ankara, ces allégations relèvent davantage d’une manœuvre politique que d’une analyse stratégique sérieuse. Ankara avait déjà une présence militaire pas loin de la capitale syrienne, et depuis la libération du joug de Bachar Al Assad, la Turquie restait naturellement un allié évident pour la Syrie, qui ne dispose aucun contrevenant. D’autant plus que la Syrie est en pleine construction. S’attaquer, sous un prétexte flou, en enfreignant le droit international, est encore moins une décision judicieuse pour Tel-Aviv. C’est pourquoi,la Turquie, qui soutient activement le gouvernement syrien post-Assad, a réagi avec virulence, par le biais d’une déclaration diplomatique, en qualifiant les accusations israéliennes d’"indéfendables" et accusant Tel-Aviv de mener des "politiques expansionnistes et déstabilisantes" à l’approche des élections dans le pays. 

Il est donc utile de comprendre que cette escalade n’est pas un hasard. Elle s’inscrit ipso facto dans une logique bien huilée qui peut se comprendre en 3 phases. La première, c’est le fait de créer un ennemi extérieur pour pouvoir souder l’électorat sensible à la guerre et à l”unité nationale” autour de la figure du "dirigeant fort" que tente d’incarner le Premier Ministre sortant, malgré ses sorties belliqueuses qui commence aussi à agacer Washington. 

Ensuite, delà, Tel-Aviv tente également de justifier les frappes préventives par un discours sécuritaire incontestable,ce qui fera détourner l’attention des crises internes (corruption, inégalités, gestion de la guerre à Gaza).

Netanyahu joue ici sur un paradoxe qui paraît évident: plus Israël est isolé diplomatiquement, plus il se présente comme le rempart ultime contre l’isolement. Une rhétorique qui rappelle étrangement celle des régimes populistes en période de crise. Benjamin Netanyahu, comme grand nombre de dirigeants autoritaires, ne semble pas tout autant attaché à son siège qu’il ne veut pas lâcher. Au contraire, il y reste car il en a conscience et les conséquences. Perdre le pouvoir, c’est avoir la justice derrière soi, être tenté d’être incarcéré et in fine, cela pousse soit à la prison, soit à la fuite comme le démontre l’exemple parfait du boucher d'Alep, qui s’est exilé à Moscou. Ce qui met aussi des difficultés puisqu’il est la cible d’un mandat d’arrêt à  l’échelle internationale.

Gadi Eisenkot, ou l’arme du deuil : quand la légitimité militaire se retourne contre son détenteur

Face à Netanyahu, l’opposition mise sur un atout de taille bien grand ;Gadi Eisenkot, ancien chef militaire, figure respectée, et surtout… père ayant perdu un fils dans le conflit récent avec le Hamas. Ce qui joue énormément sur sa popularité puisque cette campagne électorale en est devenue le sujet essentiel de la guerre. 

Cette dimension émotionnelle est au cœur de la campagne et Gantz incarne l'Israélien lambda, passé par l’armée en étant le chef à un père endeuillé, un homme du peuple. Une image radicalement opposée à celle de Netanyahu, dont les trois fils sont exemptés de service militaire, une exception qui alimente les critiques sur les privilèges de l’élite dirigeante. D’un côté, un homme qui vit le quotidien des millions, de l’autre l’incarnation d’une élite collée à son siège, ne voulant lâcher prise, quitte à être déconnectée de la société.

Mais cette stratégie a un revers : elle place Yashar (son mouvement) ans une position délicate. Comment critiquer Netanyahu sur la gestion de la sécurité sans paraître "faible" sur le terrain militaire ? Comment proposer une alternative crédible quand l’opposition est perçue comme divisée et hésitante ?

Netanyahu, lui, n’a pas ces scrupules. Il utilise l’argument émotionnel à son avantage :

Il commenced’abord par la diabolisation de l’opposition. Gantz est présenté comme un "risque" pour la sécurité nationale. Il le montre notamment dans une récente publication sur ses réseaux sociaux, aux côtés du représentant des arabes et musulmans en Israël, que “Bibi” tente ici déshumaniser.  

Il instrumentalise aussi le deuil puisqu’à ses côtés, on retrouve certaines les familles des victimes du Hamas sont mobilisées pour soutenir le gouvernement en place.

Cette stratégie rappelle les mécanismes des régimes autoritaires, où la légitimité se construit moins sur des résultats que sur l’émotion et la peur. Une méthode qui reste un danger pour la démocratie israélienne.

La provocation des voisins : Liban, Syrie, Turquie… Israël en quête d’ennemis

Depuis des mois, les tensions s’accumulent aux frontières d’Israël. On s’interroge pour savoir si tout cela est volontaire ou non. Notre analyse nous montre que cela tend plutôt pour un oui. 

L’exemple du Liban depuis maintenant plusieurs mois. On assiste souvent à  des échanges de tirs réguliers, et à une escalade verbale avec le Hezbollah.

Désormais avec la Syrie : des frappes israéliennes ciblées (comme celle d’Alep), présentées comme des "mesures préventives", or, cela ne suit aucune norme des droits de la guerre, ciblant infine un pays en construction et qui constitue une atteinte à la souverainté du pays. 

Depuis maintenant plusieurs temps, la Turquie aussi dénonce le non-respect du droit international, et plus encore les atrocités qui sont commises par l’armée israélienne à Gaza, cela en est devenu une “menace” pour Israël qui  tente donc d’affaiblir la présence turque, à la frontière de ses territoires, notamment au nord en Syrie. Il était déjà évident que le récent accord avec les turcs et les saoudiens les a isolé de leur allié de Riyad. C’est donc le maintien dans la région qui est remise en question. On assiste à un dialogue rompu, des accusations mutuelles, une rivalité géopolitique qui dépasse le cadre syrien.

Chaque crise est transformée en argument électoral :

  • Le Liban devient le prétexte pour justifier un durcissement sécuritaire.
  • La Syrie sert à mobiliser l’électorat de droite autour de la menace iranienne.
  • La Turquie est diabolisée pour renforcer l’image d’Israël comme "victime" d’un environnement hostile et se montrer comme la seule force émergente dans la région. 

Toujours bon de savoir que cette politique de la tension n’est pas nouvelle, elle prend seulement une dimension avancée et inédite en 2026. Netanyahu mise sur l’escalade pour apparaître comme le seul capable de tenir tête à un monde arabe et musulman perçu comme un bloc uni contre Israël.

Pourtant, cette stratégie comporte 3 risques majeurs; 

  • Une radicalisation de la région, avec un risque d’embrasement généralisé.
  • Un isolement diplomatique accru, notamment vis-à-vis des États-Unis et de l’Europe.
  • Une usure de la société israélienne, lasse des guerres sans fin.

La Turquie reste ici comme un miroir des tensions régionales. C’est ici que nous assistons à l’incarnation de la diplomatie qui devient un champ de bataille

La réaction turque à l’attaque israélienne en Syrie est révélatrice. Ankara a dénoncé une "politique agressive et coercitive" de Tel-Aviv, accusant Israël de vouloir déstabiliser la Syrie pour servir ses propres intérêts électoraux.

Cette prise de position s’inscrit dans un contexte plus large :

  • La Turquie soutient activement le gouvernement syrien post-Assad, qu’elle aide à reconstruire.
  • Ankara et Tel-Aviv sont en profond désaccord sur la guerre à Gaza.
  • Les deux pays entretiennent une relation complexe, faite de rivalités et de méfiance mutuelle.

Pour Netanyahu, la Turquie est un ennemie utile puisqu’elle permet notamment de mobiliser l’électorat de droite autour de la menace "islamiste", bien que dans les faits ce ne soit pas le cas. Elle sert seulement de bouc émissaire pour expliquer les échecs de la politique israélienne, ce qui peut justifier le maintien d’une posture sécuritaire maximaliste.

Mais cette rhétorique a un coût car elle enferme Israël dans un isolement régional, tout en alimentant un cycle de violence dont personne ne sortira gagnant.

Conclusion : vers un Israël plus autoritaire et plus isolé ?

Les élections israéliennes d’octobre 2026 s’annoncent comme un tournant. D’un côté, Netanyahu, maître en manipulation politique, qui mise sur la peur à ses voisins et ses citoyens, et l’expansionnisme pour conserver le pouvoir. De l’autre, une opposition divisée, incapable de proposer une alternative crédible car derrière elle, se trouve les anciennes têtes qui s’élancent aussi. 

Ce qui peut être sûr, si l’on suit les sondages, c’est ici l’incapacité de former une majorité sans coalition. 

Aux élections législatives précédentes, le Likoud, majorité sortante, avait abouti à une coalition avec les ultra orthodoxes juifs. Ce qui accentue encore plus leur retrait dans le service militaire tandis que la population, elle, y figure, suscitant de vives critiques. D’un côté ceux qui se sacrifient, de l'autre ceux qui ont l’immunité du fait de leur foi. 

Trois scénarios se dessinent :

  1. Une victoire de Netanyahu, qui renforcerait son pouvoir et accélérerait la radicalisation de la société israélienne.
  2. Une alternance fragile, avec un gouvernement Gantz incapable de changer la donne sécuritaire.
  3. Une crise politique majeure, si les tensions régionales débouchent sur un conflit ouvert.

Une chose est sûre : la stratégie de Netanyahu, fondée sur la provocation, la diabolisation et l’émotion, ne mène pas à la paix, mais davantage à l’enfermement. Israël, en 2026, est plus que jamais un pays en guerre… contre lui-même.

Nicolas ERTENLICE