Le RN instrumentalise la laïcité : l’interdiction du voile par référendum, un dangereux précédent

Les politiques n'ont jamais véritablement compris la notion d'un État séculaire, nous le voyons encore aujourd'hui, au sujet des discussions, de l'interdiction du port du voile pour les femmes musulmanes, sous peine d'une amende.

Pourtant… ce n'est pas ce que la laïcité nous apprend, et il est regrettable que certaines pensées puissent confondre la haine et le vivre-ensemble.

En France, en théorie, la laïcité ne peut être supprimée, ce qui est véridique. Toutefois, nul ne décrit à l'évidence la forme que peut prendre la laïcité. Une laïcité qui s'adapte aux religions, ou les religions qui se soumettent à la sécularisation ? En principe, c'est le deuxième choix.

La laïcité protège, défend de façon égalitaire tout croyant et non-croyant et met en œuvre l'émancipation de la foi car, oui, en France, le citoyen est en droit d'exiger un lieu de prière dans sa commune — des représentants religieux peuvent être déployés dans les bases militaires et les prisons (prêtres, imams, etc.).

Les différentes interprétations par les divers politiques ont longtemps mis en péril la laïcité, car tout a été utilisé au nom de la laïcité pour pouvoir appliquer des mesures qui sont en totale contradiction avec le principe de la laïcité.

Nous avons eu tout récemment un écho au sujet du Rassemblement National, l'héritier du FN, qui a suggéré d'utiliser un référendum pour trancher la question. Cela peut paraître logique au premier regard, sous prétexte de la consultation populaire, mais dangereux pour la démocratie, car légalement, un référendum à l'initiative du gouvernement ne peut pas porter sur des sujets de société d'après l'article 11 de la Constitution.

Nous pouvons penser ici que le référendum est la solution puisque cela reste « l'expression directe de la souveraineté nationale », du peuple (Décision n° 62-20 DC du 6 novembre 1962). Cependant, s'il le Conseil constitutionnel ne dit rien ou l'acquiesce, cela créerait un précédent qui permettrait de faire passer des lois qui pourraient être contraires à la Constitution (et à la séparation des pouvoirs ou aux libertés fondamentales). Les prémices d'une remise en question de l'État de droit et de ses équilibres en matière de décisions équitables, se distinguant des volontés populistes, prêtes à utiliser les voies des démocraties pour ensuite les bafouer.

D'autant plus que cette proposition serait difficilement applicable en pratique : comment différencier un voile islamique d'un voile chrétien ? Souhaite-t-on vraiment mobiliser des moyens de police pour verbaliser des milliers de personnes ? N'a-t-on pas d'autres priorités que de jouer sur des sensibilités purement polémiques, hormis occuper l'espace médiatique et « ressusciter » sa base électorale.